Histoire reconstituée du S&S 34 ,

Architecte Olin Stephens (1908-2008), design n° 1959.

1.« de MORNINGTOWN à …MORNING CLOUD »

En guise d'introduction :
Le S&S 34 est présenté pour la première fois, en France, au Salon Nautique en janvier 1971. C'est le Chantier Vanek qui en assure la promotion en France , sous le nom de MORNING 34 .
Extrait de l'annonce publicitaire [Cahiers du Yachting, janvier 1971] :
« Lucien Vanek : Je suis amoureux fou d'un merveilleux bateau
…..1970 m' a donné quelques inquiétudes, Je ne voyais pas très bien comment soutenir ma réputation comment trouver et présenter à tout ceux qui me connaissent et me font confiance un nouveau bateau digne de la tradition de la maison. Eh bien ce bateau existe ! Il est déjà bien connu de ceux qui ont participé à toutes les grandes courses du RORC en 1969.
C'est bien simple, il a pratiquement tout gagné cette année-là, y compris le Fastnet, Sydney-Hobbart toutes classes et le championnat du RORC. Depuis un an, j'essayais d'obtenir la représentation pour la France de ce bateau qui m'empêche de dormir, car je m'aperçois qu'une fois plus je suis amoureux (Je suis toujours marié … ) Oui amoureux fou d'un merveilleux bateau ! Mais je ne suis pas "exclusif" et tiens à vous faire partager mes sentiments. Ce bateau je l'expose donc au prochain Salon Nautique.
Son nom : Morning 34,
Architectes Sparkman et Stephens... ».

2. Michaël WINFIELD, Ted HEATH, Olin STEPHENS

Les plans du S&S 34 furent commander par Michaël WINFIELD, Ce yachtman britannique possédait « Morningtown » un one-toner de 36-37 pieds, en bois moulé, conçu en 1967 par Sparkman & Stephens ( design n° 1948 ) pour les courses du RORC et la One Tone Cup. Il fut tellement impressionné, dit-on, par les qualités de son voilier qu'il demanda à Olin Stephens de préparer des plans pour un course-croisière de 34 pieds qui serait construit en polyester.
Le S & S 34 (design n° 1959) est ainsi né pour concurrencer les autres séries de classe 3 du R.O.R.C., en particulier, les Tinas.
Il est conçu pour se situer à la limite inférieure de cette classe ( 27 pieds de flottaison). Sa construction fut réalisée par la société Winfield & Partners, Limited, à Rochester, Angleterre.
The S&S 34 was conceived in the dying days of Britain’s RORC rule, and its design was influenced by both that and the new International Offshore Rule (IOR). Olin said at the time: “We hope and believe that the S&S 34 will make a good all-round boat, so as to demonstrate in a fairly small package that a good boat for offshore racing will also be a good boat for cruising.”
It gained a rep as an excellent heavy weather boat, and even now, beating into a stiff breeze, it would give nothing away to many modern designs.
Certaines sources désignent Morningtown ( construit en bois moulé) comme le prototype du S&S 34, ce qui n'est pas une évidence, même si Winfield lui-même publie en novembre 1968 :
« many customer have asked if there is not a complete similarity between the lines of the new S&S 34 and Morningtown. They are right. There is ! ».

In January 1968( ???) Olin Stephens visited the Winfield booth at the London Boat Show and was asked if he would return later to meet a certain Edward Heath. Mr Stephens asked "who is Mr Heath?" and was surprised to be told that "Mr Heath is the next Prime Minister". The meeting was held and Edward Heath was impressed enough to order a yacht. [S&S 34 Association ]

Olin Stephens rend visite à Michaël Winfield sur son stand au Boat Show à Londres. Ce dernier qui a la réputation d'un « Public Relation » , propose à Olin Stephens une rencontre avec Ted Heath, futur premier ministre anglais,"Who is Mr Heath?" s’enquiert Olin Stephens. Le courant s'installe entre les deux hommes et Ted Heath passera alors commande du 1er de ses « Morning Cloud ».

En aout, puis en novembre 1968, la revue « Yachting World » publie, successivement, deux double- pages publicitaires de Michaël Winfield & Partners Limited, qui témoignent que la construction des S&S 34 est déjà en cours et qui rend compte des raisons de la naissance du S&S 34.
Sont mis en avant :
la notoriété de Sparkman & Stephens ,
la nouveauté d'un voilier de course-croisière, signé Olin Stephens, construit en GRP (Fibre de verre et Résine Polyester), en exclusivité pour l'Angleterre, par Michaël Winfield & Partners.
La fierté pour les futurs propriétaires de posséder un « Stephens », gage de résultats prometteurs !
« To the man who believes Sparkman & Stephens to be juste an expensive dream.
Someone at the Yacht Club probably mentionne it first – "Sparkman and Stephens", said with a reverence that stuck in your mind......
And all the time, in the back of your mind, grew the idea that, some day, given half a chance, you would have a boat designed by Olin Stephens. A boat to pace your very dreams..... The franchise to build glass fibre hulled boats, exclusively to Sparkman & Stephens designs, goes to Michael Winfield & Partners. It is a turning point in British boat building.
Michael Winfield & Partners is a new Company - but is peopled by men with vast and relevant expérience, both in yachtings and working in G.R.P. It has set out, quite simply, to build the finest racing and cruising boats that it is possible to buy. And to build in glass fibre, because this not only allows a man to save on the upkeep of his boat – it actually allows him to possess a boat that,hitherto, was completely out of reach.
The first Sparkman & Stephens design is a 34 foot racing cruiser.
It is a true and complete Sparkman & Stephens boat - built as fanatically as it is designed - with the personal certificate of Olin and Rod Stephens to prove its perfection... »
« The fitting-out of the new Sparkman & Stephens 34' is,to us, as
important as its extra performance and speed.....
Perhaps with S&S this is normal. After all, at the first mention of a new ocean racing design by Olin & Rod Stephens talk quickly turns to new expectations of performance and speed. Indeed, why not ?
 La construction des premiers S&S 34 commence, donc, en 1968 à Rochester et le carnet de commande est rempli jusqu'au printemps 1969.
« A substancial proportion of our 1969 production has now been sold, both for home and for export. We can, however, still meet certain Spring deliveries... » précise-t-on en novembre 1968.
Le S&S 34 est présenté au Boat Show à Londres en janvier 1969.
Voici ce qu'en dit Edouard Heath, lui-même, ce qui contredit une éventuelle rencontre en janvier 1968 (citée plus haut).   
Ed Heath: "Mais revenons au salon nautique 1969. Une visite m'avait permis de distinguer deux bateaux dont je pensais qu'ils pourraient me convenir. L'un Français, mesurait 9.45 mètres, il avait une jolie coque et un aménagement sympathique (NDLR:L'arpège de Dufour???)  Il avait déjà connu pas mal de succès en course. L'autre était un nouveau plan de Sparkman et Stephens, architectes Américains. IL faisait près de 10,35 m de long, était en polyester armé et ses lignes me plaisaient tout particulièrement. Elles étaient si belles que les performances, me disais-je, avaient de bonnes chances d'être à la hauteur. Je ne montai pas à bord, mais je m'arrangeais pour revenir seul dans le courant de la semaine, afin d'étudier la question de plus près.Il n'y avait personne pour me conseiller, mais quand je revis le S&S 34, puisque tel était son nom, je sentis instinctivement que c'était le bateau qu'il me fallait. A l'intérieur je trouvais un aménagement bien pensé et confortable, avec la possibilité d'installer six couchettes, dont deux cadres dans le poste avant, une cuisine de taille raisonnable et une bonne table à cartes. Le cabinet de toilette séparé se trouvait juste en avant du mât et il y avait une table centrale dans le carré. Autour de cette table, les couchettes se transformaient en banquettes bien rembourrées et recouvertes d'un solide tissu de vinyl. Les menuiseries étaient en teck, mais aussi le plancher de la cabine, ce qui lui donnait un petit air sérieux et cossu. Par la suite, quand commencèrent les courses sérieuses, tout cet aménagement fut cause d'interminables discussions avec l'équipage, en particulier les menuiseries, la table et le rembourrage des banquettes. Combien tout cela pèse-t-il? me demandait-on sans cesse. Comment peut on vraiment se concentrer sur le sport et la compétition en vivant dans un tel confort? Pour moi, sur le moment, tout cela me parut fort désirable. IL n'y avait pas de pingrerie, ni de tape à l'oeil d'ailleurs. Simplement, ces finitions paraissaient raisonnables. Plus tard, mes vues personnelles changèrent, comme nous le verrons, et le premier Morning Cloud est le seul bateau sur lequel nous ayons jamais eu ce que tant de gens considèrent comme indispensable au confort.  Tandis que j'étais paisiblement installé dans la cabine, à envisager les possibilités d'acheter ce bateau, un personnage calme, le nez chaussé de lunettes, descendit l'échelle. Le vendeur me présenta l'architecte du bateau, Olin Stephens, nom fameux dont à l'époque je ne savais pas grand chose. Notre conversation se borna à un échange de quelques phrases avant qu'il ne soit obligé de partir pour attraper son avion. Je lui demandais ce qu'il pensait du nouveau S&S 34. Oui, il pensait que c'était sans doute un bon bateau. Oui, il pensait que ses résultats seraient bons. Oui, si j'en achetais un, il pensait que j'en serais satisfait. Puis il disparu. Ce premier contact évolua par la suite en relations de travail, et aujourd'hui, c'est une solide amitié qui me lie à Olin Stephens; l'un des plus grands et des plus connus des architectes navals du monde. C'est à lui que sont dus mes 4 Morning Cloud. On me demande snas cesse d'où vient ce nom de Morning Cloud? En fait ce nom figurait déjà sur l'arrière du bateau le jour où je le vis pour la première fois, mais en un seul mot, "Morningcloud". C'était un dérivé de Morningtown, One tonner très réussi dessiné également par Olin Stephens et appartenant au propriétaire du nouveau S&S, Mike Winfield. Ce nom venait d'une chanson à succès de l'époque et Stephens avait décidé de continuer la série. Il y eu ensuite Morning After qui devait être bientôt notre plus féroce adversaire, puis Morning Glory, Morning Haze, Morning Melody, Morning Flame et bien d'autres. On pensa même à Morning All, mais d'un commun accord télépathique, l'accord s'arrêta là! Pour moi, ce nom ne voulait rien dire. Je le coupais donc en deux.

Les premiers à concourir en 1969 furent , entre autres, « Morning After » et «Morning Cloud », qui remporta Sydney-Hobart la même année.
Le Morning Cloud est-il le premier S&S 34 à avoir été construit ? Un doute subsiste :
« Rodney Hill was having Morning After built when Ted insisted on an early delivery date. It is not clear if Morning After become Morning Cloud. ».[S&S 34 Association]
C'est Morning After qui se faisait remarquer durant toute la saison 1969 en remportant victoire sur victoire. Beaucoup de concurrents français firent sa connaissance à l'arrivée de Cowes-Dinard où il terminait premier toutes classes ex-aequo avec le Tina « Esprit de Rueil ». [NDLR : Champion du RORC toutes classes en 1967 et 1968]
Le même Morning After se classe 1er de la classe 3b lors de la Fasnet Race en aout 1969 ,devançant ses « sister-ship » Slipstream of Cowley (S&S 34, propriété de la R.A.F) qui se classe 5ème et Morning Cloud (Ted Heath) qui est accrédité de la 7ème place.
Quoiqu'il en soit la réputation du S&S 34 tiendra plus, semble-t-il, à la victoire de Morning Cloud et de Ted Heath dans la Sydney-Hobart de Noël 1969 [à laquelle participait le Tina français « Cavalier Seul »] et alors même que Morning After est déclaré champion du RORC à l'issue de cette même année .
Malgré ces résultats, Michaël Winfield & Partners Limited fut déclaré en faillite fin 1969 et les 2 moules furent vendus l’un à AQUAFIBER INTERNATIONAL (Angleterre) l’autre à SWARBRICK YACHTS BROTHER (Australie).
Stephens recounts Winfield, “He set up shop in England, I’m not sure how many he built, a dozen or so, but he was not an experienced boat builder, and he didn’t continue the work. The moulds and tooling were sold to some other builder there, and they built a few more there.”
Au moins 28 S&S 34 ont été construits en 2 ans sur le site de Rochester [ ARTABAN, immatriculé à Saint Malo en juillet 1970, porte le n° de série 028, avec la mention “built by Windfield &Partners, Rochester”] .
En Angleterre, les coques sont souvent terminées par d'autres chantiers, ce qui est courant à cette époque.
La société AQUAFIBRE à Norfolk, suite à la première crise pétrolière, cessa la production du S&S 34 ( Morning 34) et les moules furent détruits en 1976. On estime la production anglaise entre 65 et 70 exemplaires).
En Australie, entre les années 1969 – 1984, 34 bateaux furent construits par Swarbrick. La société s'est finalement dissoute sous la faillite et les moules ont ensuite été vendus à MAYBROOK, en 1986 qui produisit 4 autres bateaux au cours des trois années suivantes
Aux États-Unis , il fut importé et vendu sous le nom de Johnson Palmer 34.
Le S&S 34 confirmera ses résultats de 1969 (Classe 3b du RORC) en 1970 dans la Classe 4 (IOR) ainsi qu'en 1971.
Morningtown se fit remarquer, ultérieurement, en 1971, par sa victoire dans la One Tone Cup, skippé par Rodney Hill (le skipper de Morning After !) en se classant successivement : 1er classe 3 des North Sea Race, West Mersea-Zeebrugge, et Fasnet, 1er toutes classes Cowes-Dinard .
Le premier Morning Cloud fut vendu en 1971 et rebaptisé « Nuage du Matin », Sir Edouard Heath ayant conservé pour son nouveau bateau le nom de Morning Cloud, ainsi que le n° de voile ! Nuage du Matin rompit son mouillage et fut détruit dans une tempête à Jersey en 1974 . La même tempête vit disparaître le « Morning Cloud » 3ème du nom !
A priori, une douzaine d'unités fut importée en France, parmi elles :
OSSIAN 3 Patrice Ratzel
OLBIA 4 J ; Archer , 3ème Classe 4 Ply-LR 1971, qui participa en 2009 à la Two Star anglaise !
STRIVA Y.Cudennec, 1er Classe 4 Ply-LR 1971
VAHINI 3 A.et P. Facque 4ème Classe 4 Ply-LR 1971
AR BEG, avec ses duettistes Eugène Kernaleguen et Félix Coulloc'h de Douarnenez qui marquèrent de leur présence la Channel Classic Regata 2005 ( plus de 150 ans à eux deux !) .
PRINCESSE DES VENETES,Michel Perroud devenue quelques temps plus tard VELLEDA, propriété de l’École Navale de Lanvéoc. VELLEDA navigue toujours en rade de Brest et en Manche,uniquement en croisière.
ARTABAN (Rémi Le tortu), devenu MAO TITOÏ III , 8ème fasnet 1971 , 1er Classe 4 Cowes-Dinard 1971.